L' opéra vient de réussir une jolie performance : afficher presque complet pour les deux soirées lyriques présentées au Bunkamura, l'une des grandes salles de concert de Tokyo. La crise et les billets à plus de 150 euros n'ont pas découragé le public venu entendre « Werther » de Massenet.
Masa Kajimoto, organisateur de la plupart des tournées d'orchestres étrangers au Japon, a communiqué sur la personnalité de Kazushi Ono, considéré ici comme une star, voire comme «l'héritier» de Seiji Ozawa.
A l'applaudimètre, le directeur musical de l'Opéra de Lyon et ses musiciens ont ont raflé tous les suffrages, volant la vedette à un plateau de haute tenue, dominé par Kate Aldrich et des seconds rôles prometteurs, particulièrement Benjamin Bernheim et Nabil Suliman, que le public lyonnais retrouvera régulièrement dans les prochaines saisons.
La contre-performance a été signée par James Valenti dont la voix manque encore d'assurance pour aborder le rôle-titre de l'opéra le plus wagnérien de Massenet.
Mais que pouvait faire le plateau devant les sonorités d'un orchestre survolté par la direction de Kazushi Ono qui, alliant solidité et souplesse, théâtralise cette musique avec un sens du contraste et de l'effet dramatique.
Mais les musiciens de l'opéra, qui n'étaient pas repartis au Japon depuis la tournée avec Kent Nagano il y a douze ans, garderont un autre souvenir de ce séjour à Tokyo. Celui de ce millier d'enfants, les bras dansants dans l'espace guidés par les médiateurs culturels présents sur le plateau pour le concert familial consacré à «L'Oiseau de feu » de Stravinsky. Ou encore de l'enthousiasme du jeune public suscité par l'interprétation du «Prélude à l'après-midi d'un faune» dans une version hip-hop dansée par Brahim Zaibat, l'un des membres des Pokémon.
L'opéra a également convaincu ses partenaires japonais de dupliquer l'expérience lyonnaise des ateliers musicaux. La veille du premier concert, une vingtaine de musiciens avait rendez-vous dans une école primaire où Kazushi Ono a troqué son frac pour celui de l'animateur culturel pour expliquer les secrets de «L'Oiseau de feu» et de «La Flûte enchantée» à une cinquantaine d'enfants ravis de participer à une telle expérience. Sentiment partagé par les musiciens qui ont rarement trouvé devant eux un public juvénile aussi participatif et attentif. Une expérience unique au Japon, que l'Opéra de Lyon espère renouveler dans les prochaines années.
En attendant, l'orchestre a refait ses valises pour suivre la tournée dans cinq autres villes du Japon où, assure Kajimoto, le public sera aussi au rendez-vous.
Antonio Mafra - Le Progrès 12/11/09


















